Partie V · Entretenir
Maladies et ravageurs en hydroponie : prévenir, reconnaître, traiter
Pourriture des racines, oïdium, mildiou du basilic, pucerons, aleurodes, thrips, araignées rouges, mouches des terreaux : où les chercher, comment les reconnaître, les gestes qui les évitent, les auxiliaires qui les mangent, et quoi faire quand les racines brunissent.
Bonne nouvelle : sans terre, beaucoup de maladies et de ravageurs du potager ne suivent pas. Mauvaise nouvelle : ceux qui restent vont vite, et le plus redoutable se cache sous l’eau. Voici comment les reconnaître, les éviter, et réagir sans rien casser quand ils sont là.
1. Où chercher
Chaque problème a son territoire. Les pucerons aiment les pointes tendres, les aleurodes et les araignées rouges le dessous des feuilles, les thrips les fleurs, l’oïdium le dessus des feuilles, les mouches des terreaux la surface humide du substrat. Et la pourriture, elle, s’attaque aux racines, là où on ne regarde pas.


2. Prévenir : les gestes qui évitent les ennuis
- Des plants et des semences sains : inspectez tout nouveau plant, gardez-le quelques jours à l’écart. Cornell rappelle qu’une épidémie de mildiou du basilic a été attribuée à des semences contaminées.
- Du matériel propre : Penn State cite les outils, pots et plateaux mal nettoyés parmi les voies d’entrée du Pythium. Bacs, paniers et tuyaux se nettoient et se désinfectent entre deux cultures ; le substrat usagé ne se réutilise pas.
- Une eau propre : l’eau de mare ou de ruisseau peut contenir du Pythium (Penn State). Eau du réseau, eau de pluie filtrée et stockée à l’abri, ou eau traitée.
- Une solution fraîche et aérée : 20 à 24 °C et plus de 6 mg/L d’oxygène dissous (Cornell). Bulleur, réservoir à l’ombre, jamais de solution qui stagne au soleil.
- Des feuilles sèches : Oklahoma State prévient que l’eau qui éclabousse les feuilles d’une tour favorise les maladies fongiques.
- De l’air qui circule : un petit ventilateur, des plants espacés, pas de feuillage entassé contre un mur ou une vitre.
- Pas de mouches des terreaux : leurs larves et les mouches des rivages peuvent transporter le Pythium d’un bac à l’autre (Penn State). Évitez les substrats détrempés en surface.
- Des pièges jaunes près des plants : ils révèlent les premiers aleurodes, pucerons ailés et mouches avant qu’on ne les voie sur les feuilles.
3. Sous l’eau : la pourriture des racines
Le Pythium est un organisme proche des champignons qui vit dans l’eau et s’attaque aux racines. Il est l’ennemi principal de l’hydroponie, et Penn State le qualifie de vraie menace pour ces cultures.
| Ce qu’on voit | Ce que ça veut dire |
|---|---|
| Plants qui flétrissent aux heures chaudes et se redressent le soir | Les racines n’arrivent plus à fournir l’eau (Penn State, Cornell) |
| Racines brunes, molles, dont l’écorce se détache et laisse un fil central, en « queue de rat » | Pourriture installée |
| Feuilles jaunes, croissance bloquée | Les racines abîmées n’absorbent plus assez |
| Odeur désagréable du réservoir | Solution trop chaude, trop vieille ou mal oxygénée |



Cornell recommande de garder la zone des racines entre 20 et 24 °C : ses chercheurs ont réduit le Pythium en refroidissant l’eau vers 20 °C. L’oxygène dissous doit rester au-dessus de 6 mg/L, idéalement 8 à 9. Une solution chaude contient moins d’oxygène : l’été est la saison à risque.
Racines brunes : le plan de sauvetage
- IsolerRetirez sans attendre les plants aux racines brunes et molles (Cornell) : ils contaminent les autres.
- ViderToute la solution part, sur une pelouse ou au compost, loin des autres cultures.
- NettoyerRéservoir, pompe, tuyaux, paniers : brossage, rinçage, désinfection compatible avec les matériaux, rinçage final soigneux. Substrat des plants malades à jeter.
- Corriger la causeRéservoir à l’ombre, isolé, plus grand ; bulleur ou brassage ; en été, bouteilles d’eau congelée ou refroidisseur pour revenir vers 20 à 24 °C.
- RepartirSolution neuve, dose normale, pH réglé. Les plants restés sains retrouvent souvent des racines blanches en quelques jours.
- SurveillerRacines, température et odeur chaque jour pendant deux semaines.



4. Sur les feuilles : oïdium, mildiou, pourriture grise
| Maladie | Signes | Conditions | Que faire |
|---|---|---|---|
| Oïdium | Feutrage blanc poudreux sur le dessus des feuilles | Air confiné, plants serrés, écarts jour-nuit | Retirer les feuilles atteintes, espacer, ventiler |
| Mildiou du basilic | Jaunissement en bandes limitées par les grosses nervures, duvet grisâtre dessous | Feuilles mouillées ou humidité d’au moins 85 % (Cornell) | Retirer les plants atteints, ventiler, ne pas mouiller le feuillage, variétés résistantes (DMR) |
| Pourriture grise (botrytis) | Taches molles couvertes d’un feutrage gris, fleurs et fruits qui pourrissent | Humidité, blessures, feuilles mortes laissées sur place | Nettoyer, retirer les parties atteintes, aérer |
| Fonte des semis | Jeunes plants qui s’affaissent au collet | Substrat détrempé, chaleur, Pythium | Semer propre, arroser moins, ventiler |



Pour le mildiou, Cornell recommande aussi de garder les feuilles en mouvement avec des ventilateurs et a observé qu’un éclairage la nuit freine la production de spores. Voir aussi l’entretien des aromatiques.
5. Les ravageurs
| Ravageur | Comment le reconnaître | Premier geste |
|---|---|---|
| Pucerons | Colonies vertes, noires ou grises sur les pointes, feuilles collantes et déformées | Jet d’eau, pointes infestées coupées |
| Aleurodes | Petites mouches blanches qui s’envolent quand on touche le plant, dessous des feuilles | Pièges jaunes, feuilles basses très atteintes retirées |
| Thrips | Traînées argentées sur les feuilles, petits points noirs, fleurs abîmées | Pièges bleus ou jaunes, fleurs atteintes retirées |
| Araignées rouges | Feuilles piquetées de jaune, fines toiles, air sec et chaud | Douche du feuillage, humidifier l’air, isoler |
| Mouches des terreaux | Petits moucherons noirs autour des cubes et du substrat humide | Surface du substrat plus sèche, pièges jaunes |





6. Les auxiliaires : des alliés vivants
En serre, en véranda ou dans une pièce de culture, les auxiliaires sont la solution la plus efficace et la plus sûre pour les récoltes. L’Université du Massachusetts donne quelques clés :
- Lâcher tôt : dès les premiers ravageurs repérés, pas quand tout est envahi.
- Respecter leur climat : Encarsia formosa travaille le mieux entre 21 et 27 °C et 50 à 80 % d’humidité, et ne vole plus sous 18 °C environ ; Phytoseiulus persimilis préfère environ 20 °C et 75 % d’humidité ; Amblyseius cucumeris convient au frais, A. swirskii au chaud.
- Retirer les pièges collants pendant quelques jours après un lâcher de micro-guêpes : ils les attraperaient aussi.
- Parasites plutôt que prédateurs contre les pucerons : les micro-guêpes font généralement mieux que les coccinelles en milieu fermé.




7. Traiter sans risque
- Jamais rien dans le réservoir : la solution nourrit les racines ; un produit versé dedans va partout, jusque dans la récolte.
- D’abord les gestes mécaniques : jet d’eau, feuilles et pointes retirées, douche du feuillage, pièges.
- Ensuite seulement un produit, et uniquement un produit autorisé pour l’usage amateur et pour la culture concernée (en Belgique, la liste est sur Phytoweb), en respectant le délai avant récolte.
- En aquaponie : rien qui puisse atteindre les poissons. Auxiliaires et gestes mécaniques uniquement (voir l’aquaponie).
- Protéger les auxiliaires : un traitement mal choisi tue aussi les alliés.
8. La routine d’inspection
Inspecter ses cultures en 10 minutes
- Le piège jauneCombien d’insectes, lesquels ? Notez-le : une hausse annonce une attaque.
- Les pointesPucerons, feuilles collantes ou déformées.
- Le dessous de cinq feuillesAleurodes, araignées rouges, duvet de mildiou. Une loupe aide beaucoup.
- Les fleursThrips, pourriture grise.
- Le dessus des feuillesTaches blanches d’oïdium, jaunissements.
- Le substratMoucherons, surface détrempée, algues.
- Les racinesSoulevez un panier : blanches et fermes, tout va bien ; brunes, voir la partie 3.
- La solutionTempérature, odeur, couleur, en plus du pH et de l’EC habituels.
Un doute sur un symptôme ? La méthode de diagnostic aide à trier, et le tableau des carences de l’article sur les nutriments évite de confondre carence et maladie.
9. Les erreurs fréquentes
| Erreur | Conséquence | La parade |
|---|---|---|
| Réservoir au soleil en été | Solution chaude, pauvre en oxygène : Pythium | Ombre, isolation, bulleur, 20 à 24 °C |
| Garder un plant malade « pour voir » | Contamination de tout le système | Isoler ou jeter tout de suite |
| Réutiliser un substrat sans le nettoyer | La maladie repart avec la culture suivante | Substrat neuf, matériel désinfecté |
| Mouiller le feuillage | Mildiou, oïdium, pourriture grise | Arroser les racines, pas les feuilles |
| Traiter avant d’avoir identifié | Produit inutile, auxiliaires tués | Inspection, loupe, piège, puis décision |
| Verser un produit dans la solution | Racines abîmées, résidus dans la récolte | Jamais dans le réservoir |
| Lâcher des auxiliaires trop tard | Ils sont débordés | Dès les premiers individus repérés |
Photos de vos soucis et de vos réussites : le forum Diagnostic vous aide à identifier le coupable.
Questions fréquentes
Pourquoi les racines de mes plants deviennent-elles brunes ?
Le plus souvent à cause de la pourriture des racines, due au Pythium, favorisée par une solution trop chaude et mal oxygénée. Cornell conseille de garder la zone des racines entre 20 et 24 °C et plus de 6 mg/L d’oxygène dissous, idéalement 8 à 9. Retirez les plants atteints, videz et nettoyez le système, puis repartez avec une solution neuve, fraîche et bien aérée.
Comment se débarrasser des pucerons en hydroponie ?
Au début, un jet d’eau et la suppression des pointes les plus touchées suffisent. En serre ou en véranda, l’Université du Massachusetts recommande des micro-guêpes parasites comme Aphidius colemani, lâchées dès les premières colonies. Ne versez jamais d’insecticide dans le réservoir.
Qu’est-ce que la poudre blanche sur les feuilles ?
Probablement de l’oïdium, un champignon qui forme un feutrage blanc sur le dessus des feuilles, surtout en air confiné. Retirez les feuilles atteintes, espacez les plants et faites circuler l’air avec un petit ventilateur.
Le mildiou du basilic se soigne-t-il ?
Difficilement : mieux vaut l’éviter. Cornell rappelle qu’il lui faut des feuilles mouillées ou au moins 85 % d’humidité autour des plants. Aérez, espacez, évitez de mouiller le feuillage, et choisissez des variétés résistantes (signalées DMR).
- Penn State Extension, Pythium
- Cornell University (N. Mattson, e-GRO), Pythium root rot on hydroponically grown basil and spinach
- Cornell University, Managing Basil Downy Mildew in the Greenhouse
- University of Massachusetts Amherst, Biological Control: Greenhouse Pests and their Natural Enemies
- Oklahoma State University Extension, Building a Vertical Hydroponic Tower (HLA-6724)
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