Partie III · Piloter l'eau Potager hydroponique · amateur
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Partie III · Piloter l'eau

Eau de pluie et hydroponie : capter, stocker, traiter, utiliser (et ce que dit la loi)

Intermédiaire 16 min de lecture · publié le · mis à jour le · par L'équipe
FIRST FLUSH FILTRE pH · EC

Schéma fonctionnel, non coté.

Peu minéralisée, gratuite, sans chlore : l’eau de pluie est une alliée de l’hydroponie, à condition de la capter proprement, de la stocker à l’abri et de la contrôler. Matériel, schéma, installation, entretien et règles en Belgique et en France.

Sur une terrasse belge, la pluie ne manque pas. Pour l’hydroponie, c’est une eau précieuse : peu minéralisée, sans chlore, gratuite. Mais « eau de pluie » ne veut pas dire « eau propre » : toiture, gouttières, poussières, fientes et stockage peuvent la contaminer, et une eau recirculée diffuse une contamination dans tout le système. Voici comment la capter, la stocker, la traiter et l’utiliser, avec le matériel, le schéma et les règles à respecter.

Pourquoi l’eau de pluie intéresse l’hydroponie

Eau de pluieEau du robinetEau osmosée
Minéralisation (EC)Très faibleVariable selon la commune, parfois très calcaireQuasi nulle
ChloreNonSouventNon
Pouvoir tampon du pHTrès faible : pH instableSouvent élevéNul
Calcium, magnésiumPresque absentsPrésentsAbsents
Qualité sanitaireNon potable, dépend de la toiture et du stockagePotableDépend du filtre
CoûtGratuite après installationAu mètre cubeAppareil et eau rejetée

La faible minéralisation est un atout : vous partez presque de zéro et c’est votre engrais qui fixe l’EC. Le revers : pas de calcium ni de magnésium, et un pH qui bouge vite faute de tampon. Choisissez un engrais formulé pour eau douce, ou ajoutez un complément calcium-magnésium, puis suivez le pH de près, comme expliqué dans pH et EC : les deux chiffres à suivre.

Combien peut-on récolter ?

La règle est simple : 1 mm de pluie sur 1 m² de toiture donne 1 litre. On mesure la surface du toit en projection horizontale (vue du dessus), pas la surface des pans inclinés. Une partie se perd (éclaboussures, évaporation, premières eaux écartées) : le manuel texan de récupération des eaux de pluie retient un rendement réel de 75 à 90 %.

Le schéma de l’installation

Schéma d’une installation d’eau de pluie pour l’hydroponie : toiture, gouttière avec grille, collecteur filtrant, séparateur de premières eaux, cuve opaque avec trop-plein grillagé, pompe à aspiration flottante, filtre fin, UV facultatif, bac tampon avec mesure du pH et de l’EC, réservoir de la tour
La chaîne complète, de la toiture au réservoir hydroponique. L’appoint en eau de ville se fait par le dessus du bac tampon, jamais par une jonction avec la cuve.

1. Capter : choisir la bonne toiture

Toutes les toitures ne se valent pas pour arroser des légumes que l’on mange.

ToiturePour l’hydroponie alimentaire
Tuiles, ardoises, métal sans plomb, verre ou polycarbonate de vérandaAdaptées
Bardeaux bitumés, roofing, toiture goudronnée, bois traitéÀ éviter pour des cultures comestibles : des composés peuvent passer dans l’eau
Fibres-ciment amiantées, éléments en plomb, soudures au plomb, solins en cuivreÀ exclure : l’eau de pluie, légèrement acide, dissout les métaux
Toiture accessible (terrasse, toit où l’on marche)À éviter : souillures, produits d’entretien, déjections d’animaux
  • Gouttières : une grille à feuilles sur toute la longueur, surtout sous les arbres, et un nettoyage au printemps et à l’automne.
  • Collecteur filtrant sur la descente : il renvoie les débris vers l’égout et envoie l’eau filtrée vers la cuve.
  • Séparateur de premières eaux (« first flush ») : les premiers litres lavent le toit et emportent poussières et fientes. Le manuel texan conseille d’en écarter au minimum environ 0,4 litre par m² de toiture, davantage sous les arbres ou si les oiseaux sont nombreux.

2. Stocker : une cuve opaque, fermée, à l’abri

  • Opaque : la lumière fait pousser les algues. Une cuve translucide se couvre d’une bâche ou se peint.
  • Fermée et grillagée : couvercle étanche, aérations et trop-plein protégés par une grille fine (1 mm, c’est la maille exigée en France) contre les moustiques, dont le moustique tigre.
  • Entrée calmée : l’eau arrive au fond par un coude tourné vers le haut, sans remuer les dépôts.
  • Aspiration flottante : la pompe puise quelques centimètres sous la surface, là où l’eau est la plus claire, loin des dépôts du fond et des particules flottantes.
  • Trop-plein vers une zone d’infiltration ou l’égout, en respectant les règles communales.
  • Hors gel : cuve enterrée, ou cuve aérienne vidangée et tuyaux purgés en hiver.
  • Matériau : plastique alimentaire (PEHD) ou béton. Une cuve en béton rend l’eau légèrement alcaline : mesurez.

3. Traiter : filtrer, désinfecter si besoin, corriger

ÉtapeOutilQuand
Débris grossiersGrille de gouttière, collecteur filtrant (1 mm)Toujours, avant la cuve
Poussières et fientes du début d’averseSéparateur de premières eauxToujours
Particules finesFiltre à cartouche de 20 à 30 µm après la pompeToujours avant la tour, le NFT ou les goutteurs
Micro-organismesLampe UV sur la ligneSi fientes nombreuses, cuve ancienne, légumes mangés crus
Odeurs, traces organiquesFiltre à charbon actifEn option
MinéralisationEngrais pour eau douce ou complément calcium-magnésiumÀ chaque préparation, selon la mesure d’EC

La lampe UV a l’avantage de ne laisser aucun résidu dans la solution nutritive. Le chlore utilisé pour potabiliser l’eau n’a pas sa place dans un circuit hydroponique d’amateur.

4. Utiliser : toujours par un bac tampon

Ne reliez jamais la cuve directement à vos tours. La chaîne sûre : cuve, pompe, filtre, bac tampon, mesure, engrais, réservoir. Le bac tampon, de 20 à 50 litres, est l’endroit où l’on contrôle, où l’on dose et où l’on complète si besoin avec de l’eau de ville, versée par le dessus. Si l’eau de pluie est trop douce pour votre engrais, un mélange avec l’eau du robinet est possible : mesurez l’EC obtenue et notez la proportion.

  • Jamais potable : pas pour boire, cuisiner ni laver les récoltes.
  • Protéger les parties récoltées : pas d’aspersion des feuilles avec l’eau de pluie brute, lavage des légumes à l’eau potable.
  • Tenir un carnet : date, pH et EC de l’eau brute, niveau de la cuve. En quelques mois, vous connaîtrez votre eau.
  • En aquaponie : l’eau de pluie convient pour l’appoint, mais son alcalinité très faible oblige à surveiller le KH. Voir le guide de l’aquaponie.

Ce que dit la loi

Récupérer l’eau de pluie de son toit pour arroser son potager hydroponique est permis partout. Les règles portent surtout sur les constructions neuves et sur la protection du réseau d’eau potable.

OùCe qu’il faut savoir
WalloniePas d’obligation générale d’installer une citerne (réponse du ministre au Parlement de Wallonie) ; des mesures de rétention peuvent être imposées dans les projets exposés aux inondations. Le règlement général de distribution d’eau impose une séparation complète, sans jonction physique, entre toute ressource alternative (eau de pluie, puits) et l’eau de distribution (article 20) ; le non-respect est sanctionné par une amende.
BruxellesLe règlement régional d’urbanisme impose une citerne pour les constructions neuves, d’au moins 33 litres par m² de toiture en projection horizontale. Des règlements communaux peuvent être plus stricts.
FlandreDepuis le 2 octobre 2023, la hemelwaterverordening rend la citerne obligatoire pour les constructions neuves, reconstructions et extensions (sauf petites parcelles) : au minimum 5 000 L (toit de moins de 80 m²), 7 500 L (80 à 120 m²), 10 000 L (120 à 200 m²), puis 100 L par m². L’eau doit être réutilisée : toilettes, nettoyage, lave-linge, usages extérieurs.
FranceL’arrêté du 21 août 2008 autorise l’eau de toitures inaccessibles pour les usages extérieurs, dont l’arrosage, et certains usages intérieurs, à l’exclusion des toitures en amiante-ciment ou en plomb pour ces derniers. Il impose : aucune connexion avec le réseau d’eau potable, la mention « eau non potable » aux points d’eau, une cuve opaque et fermée, un trop-plein grillagé (1 mm), une filtration de 1 mm au plus en amont, et un nettoyage annuel de la cuve.

Le matériel nécessaire

PrioritéMatérielRôle
IndispensableGrille de gouttièreArrêter feuilles et débris
IndispensableCollecteur filtrant de descenteFiltrer et dévier vers la cuve
IndispensableCuve opaque fermée (PEHD alimentaire ou béton)Stocker à l’abri de la lumière
IndispensableGrilles anti-moustiques 1 mm sur aérations et trop-pleinEmpêcher les larves
IndispensableFiltre à cartouche 20 à 30 µmProtéger pompes, goutteurs et racines
IndispensableBac tampon de 20 à 50 L, pH-mètre et EC-mètreContrôler et doser avant le réservoir
RecommandéSéparateur de premières eauxÉcarter le lavage du toit
RecommandéEntrée calmée et aspiration flottanteNe pas remuer les dépôts, puiser l’eau la plus claire
RecommandéPompe immergée ou de surface, adaptée à la hauteurRemonter l’eau vers le bac tampon (voir choisir une pompe)
OptionLampe UV, filtre à charbon actifDésinfection, odeurs
OptionIndicateur de niveauAnticiper les périodes sèches
Tuto

Installer une petite récupération pour une terrasse ou un abri

⏱ une journée · Intermédiaire
  1. Choisir la toitureTuiles, ardoises, métal sans plomb ou véranda ; mesurez la surface vue du dessus et estimez la récolte avec le calculateur.
  2. Préparer les gouttièresNettoyez-les, vérifiez la pente vers la descente, posez une grille à feuilles.
  3. Poser le collecteur et le séparateurCoupez la descente à la hauteur du collecteur filtrant ; installez juste avant le séparateur de premières eaux, avec son bouchon de vidange accessible.
  4. Installer la cuveSur un socle plan et stable capable de porter son poids plein, à l’ombre ; arrivée par une entrée calmée, trop-plein grillagé raccordé à une zone d’infiltration ou à l’égout.
  5. Monter la ligne de pompageAspiration flottante, pompe, filtre 20 à 30 µm, UV éventuel, jusqu’au bac tampon placé près de vos cultures.
  6. Tester et mesurerAprès la première grosse pluie : vidangez le séparateur, mesurez pH et EC de l’eau de la cuve, notez les valeurs, puis préparez votre première solution dans le bac tampon.
  7. Étiqueter« Eau non potable » sur la cuve et le robinet, surtout s’il y a des enfants ou des visiteurs.

L’entretien, saison par saison

QuandQuoi
Après chaque averse importanteVidanger le séparateur de premières eaux.
Chaque moisNettoyer le collecteur filtrant et contrôler la cartouche du filtre fin ; vérifier les grilles anti-moustiques.
Printemps et automneNettoyer les gouttières ; vérifier les fixations et le socle de la cuve.
Chaque annéeVider, nettoyer et rincer la cuve, retirer les boues du fond ; remplacer la lampe UV selon le fabricant.
Avant l’hiverVidanger les cuves aériennes et purger pompe et tuyaux exposés au gel.

Une question sur votre installation ? Posez-la au forum pH, EC & nutriments avec vos mesures d’eau brute.

Questions fréquentes

Peut-on utiliser l’eau de pluie en hydroponie ?

Oui, c’est même une très bonne base car elle est peu minéralisée et sans chlore. Il faut écarter les premières eaux, stocker dans une cuve opaque et fermée, filtrer finement, puis mesurer pH et EC avant d’ajouter un engrais adapté aux eaux douces.

Combien d’eau de pluie peut-on récupérer ?

1 mm de pluie sur 1 m² de toiture donne 1 litre. Avec 20 m² de toit, environ 800 mm de pluie par an et un rendement de 80 %, on récupère de l’ordre de 12 800 litres par an, mais très irrégulièrement selon les saisons.

Faut-il traiter l’eau de pluie avant de l’utiliser en hydroponie ?

Au minimum la filtrer : grille de gouttière, collecteur filtrant, puis filtre fin de 20 à 30 µm avant le système. Une lampe UV est utile si la toiture reçoit beaucoup de fientes ou si vous cultivez des légumes consommés crus. Il faut surtout corriger la minéralisation : engrais pour eau douce ou complément calcium-magnésium.

Est-ce légal de récupérer l’eau de pluie en Belgique ?

Oui. En Flandre et à Bruxelles, une citerne est même obligatoire dans la plupart des constructions neuves. En Wallonie, il n’y a pas d’obligation générale. Partout, le circuit d’eau de pluie doit être totalement séparé du réseau d’eau potable, sans aucune jonction physique.

Peut-on utiliser une cuve IBC de 1 000 litres d’occasion ?

Seulement si elle a contenu un produit alimentaire, et après un nettoyage soigneux. Protégez-la de la lumière pour éviter les algues, et vérifiez que le support peut porter une tonne : 1 litre d’eau pèse 1 kg.

Sources
  1. Texas Water Development Board, The Texas Manual on Rainwater Harvesting
  2. Arrêté du 21 août 2008 relatif à la récupération des eaux de pluie (Légifrance)
  3. Règlement général de distribution d’eau en Région wallonne (SWDE), art. 20
  4. Parlement de Wallonie, question sur la réglementation des citernes d’eau de pluie
  5. Bruxelles, RRU titre I, via le Guide Bâtiment Durable
  6. Vlaanderen, gewestelijke hemelwaterverordening 2023
  7. UNH Extension, Hydroponics at Home
  8. University of Vermont / NECAFS, Produce Safety in Hydroponic and Aquaponic Operations

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